Accueil du site - Projets humanitaires - Apna Ghar - Anciens articles - Il s’endormait sur sa mule…

AVRIL 2011. A l’occasion de la cérémonie de la pose de la première pierre (article précédent) deux petites écoles des briqueteries ont été visitées pour la première fois.

La saison est difficile pour les « migrant workers ». Avec l’inflation galopante, les familles sont plus que jamais tentées de garder leurs enfants avec eux pour compenser le manque à gagner. C’est une lutte continuelle pour les persuader que l’instruction est la seule et unique solution à long terme pour sortir du cercle vicieux. Mais voilà, il y a le court terme, aujourd’hui il faut manger…

Juste pendant ces visites un vent rafraîchissant (paru dans la presse internationale) soufflait sur l’Inde des opprimés : la victoire du Pr Hazaré contre la corruption. Sandeep Pandey –le fondateur de Asha- rentrait de Delhi où il avait participé lui aussi à la grève de la faim au finish… Trop tôt pour évaluer les conséquences de cette action, mais ici tout le monde en parle, sait-on jamais ?

Même atmosphère studieuse dans les deux petites écoles que dans les autres. Des enseignants remarquables, des enfants qui en veulent, des travaux manuels, des expériences de physique avec du matériel de fortune…

Des petits visages interrogatifs aussi. Quelqu’un s’intéresse à leur sort ? Eux qui officiellement n’existent pas, qui ne font pas partie des 1210 millions d’Indiens du grand recensement récent, qui sont des citoyens de nulle part, sans carte de rationnement dont même les plus pauvres bénéficient. Totalement oubliés, ignorés, corvéables. Combien sont-ils ainsi ? La région des briqueteries en compte des dizaines de milliers. Et que dire du sort des enfants des mines du Jarkhand voisin… ? Ils disparaissent tous derrière la vitrine de la Shining India… Mais un jour se lèvent des gens comme Hazaré, comme Aruna, comme Sandeep Pandey… Qui sait ? Il faut y croire.

L’enfant à la chemise à carreaux bleus et blancs a de la chance dans sa misère. Comme beaucoup d’autres son travail était de conduire les mules chargées de briques, de 4 heures de l’après-midi à quatre heures du matin… Les animaux ensuite se reposent mais les enfants reprennent le travail de fabrication des briques vers 8 heures du matin. Notre fluet « chemise à carreaux » n’est pas un solide travailleur. Il n’est pas vraiment bon pour les briques, et le deuxième problème c’est qu’il n’arrive pas à rester éveillé sur sa mule. Au point de déchargement celle-ci attendait trop longuement les instructions de l’enfant …profondément endormi sur son dos. Les parents ont donc accepté de le mettre à l’école…

Bonne chance, petite chemise à carreaux, on est avec toi ! On te retrouvera peut-être un jour dans Apna Ghar ?